jeudi 31 décembre 2015

Bijoux et robes kabyles

Bijoux et robes kabyles


Salam ‘alikoum et bonjour à toutes ! Je viens vous parler non pas d’un pays mais d’une région qui, à elle seule, avec sa culture et son histoire, a tout d’un pays : la Kabylie. Cette région, située au nord de l’Algérie, est fortement méprisée par l’état algérien. C’est pourtant l’endroit qui a vu naître de grands combattants à l’arrivée des Français ( comme Lalla Fadhma N’Soumer par exemple), la Kabylie était également le berceau du FLN, lors de la guerre d’indépendance. De nombreux chefs du FLN y sont nés, tels que Krim Belkacem surnommé «le lion du Djebel» ou encore Amirouche Ait Hamouda surnommé «le loup de l’Akfadou» ou «Amirouche le terrible».  Mais en plus d’être un haut lieu de combat, la Kabylie cache encore 1001 trésors que je vais essayer de vous faire découvrir. 

Traditions: Le mariage Kabyle


Le mariage kabyle est un hymne aux traditions séculaires, empli de mystère, il cesse d'émerveiller, et ceux qui ont déjà assisté à un de ces mariages en ressortent toujours époustouflés. De toute évidence, l'on retrouve les caractéristiques d'une grande civilisation.

Les préparatifs du mariage
Chez les parents de la mariée
Quelques jours avant le mariage, il y aura lieu chez les parents de la mariée ce qu'on appelle "le dîner de taamamt" ou tout simplement "taamamt". Ce que les parents de la mariée devront dépenser pour ce dîner là, sera payé en fait par la famille du mari. Ces derniers amèneront avec eux chez les parents de la fille, des témoins. Une fois que tout le monde est assis, les parents du garçon déposeront par terre de l'argent. Le père de la mariée - si c'est un homme de principe - ne ramassera qu'une toute petite somme, pour porter chance. C'est ce qu'on appelle "tucc'it". La somme d'argent qui restera par terre, sera retournée à la famille du mari. Ensuite les parents de la fille recevront "curut". C'est ce qu'ils prépareront en guise de repas pour les ceux et celles qui feront parti du cortège de la mariée "iqfafen". "Curut" contient : 1 quintal de semoule, une cuisse de boeuf, du blé, de l'huile d'olive et du beurre. Ceci peu différer d'une région à une autre en Kabylie.
Chez les parents du mari
Il y a encore de nos jours, dans certains villages kabyles, la vieille tradition du triage de blé. Quelques jours avant la fête du mariage, la mère du futur mari regroupera quelques femmes pour qu'elles trient le blé. C'est ce même blé trié, qui sera ensuite emporté à la maison de la mariée.

Rouler le couscous
Quand il ne reste que quelques jours avant le mariage, les deux familles réuniront chacune de leur côté les femmes de leur village pour rouler le couscous. Dans certains villages, ce ne sont que les femmes de la famille qui viendront rouler le couscous. Dans d'autres par contre, c'est une femme par
maison. Ainsi le village en entier participera dans cette tâche. Ces femmes qui rouleront le couscous, seront assises côte à côte. Elles chanteront des poèmes jusqu'à ce que leur tâche soit terminée. C'est avec ce couscous que la famille du mari - de la mariée préparera le festin qui sera servi aux gens du village ainsi qu'aux invités.
Le jour du hénné chez le mari
Si les parents du futur mari prévoient d'amener des chanteurs aux tambours, ces derniers arrivent d'habitude la veille du jour du hénné. Ce jour-là, le matin de bonheur, on égorgera un boeuf. La mère du mari demandera à quelques parentes du futur mari, de former un cortège et d'aller chez la mariée pour donner à sa famille une partie du boeuf égorgé ce matin-là, ainsi que « tisnitt » de vêtements pour la mariée.
Le jour du hénné chez la mariée
La mariée doit se laver avec un rituel spécial ! On allumera une chandelle en guise de porte bonheur, en signe de fécondité. Le jour du hénné, la mariée doit se laver avec un rituel spécial ! On allumera une chandelle en guise de porte bonheur, en signe de fécondité. La mariée se lavera dans « takanna »
ou « taarict » - une espèce de deuxième étage dans la vieille maison kabyle « tazeqqa ». Elle se tiendra debout dans un grand plat de poterie - le plat dans lequel d'habitude on roule le couscous -. Dans ce plat, on y versera de l'eau froide, des oeufs et des orties. Les orties ne sont pas la pour piquer la mariée mais bien pour symboliser l'éveil. Afin que la mariée dans sa vie de couple soit toujours plus éveillée que son mari. La jeune mariée se lavera avec du thym. Elle doit laver d'abord le coté droit de son corps ensuite, le coté gauche. Une fois qu'elle s'est lavée, on cuira les oufs qu'on donnera au mari. Quand à l'eau qu'elle a utilise pour se laver, les femmes en garderont une partie. Le jour du mariage - le deuxième jour -, à la tombe de la nuit, chez les parents du mari, les femmes ajouteront l'eau à la sauce du couscous qui sera servi au mari.


Le jour du henné, au soir, un des hommes de la famille, ira à « tajmayaait » le lieu où se réunit d'habitude le conseil du village, pour appeler les villageois à venir manger le couscous du mariage. C'est ce qu'on appelle « asecci n taddart ». L'homme en question répétera trois fois : « Nnejmaat-ed ad trebh'em » « Amaana ur ttaat'ilet ara ». La famille du mari fera de même pour inviter les gens de leur village à partager avec eux le couscous du mariage.
La cérémonie du henné
Une fois le repas terminé, la famille se préparera pour le reste de la soirée. On pratique encore dans certains villages kabyles une vieille tradition. Celle-ci consiste a regrouper un certains nombres de femmes qui se tiendront debout, les une aux autres en formant un cercle. Elles commenceront alors à chanter. C'est ce qu'on appelle « asbugher ». Une ou deux d'entre elles chanteront des poèmes pour célébrer cette occasion. Les autres répéteront après elles. Dans leurs poèmes, elles citeront les qualités de la mariée - du mari - et de sa famille. Dès qu'elles auront fini de chanter, les invités se lèveront pour chanter et danser.

La soirée continuera ainsi, jusqu'au moment où on s'apprêtera à célébrer la cérémonie du henni. On déposera avec le henni, un objet en argent. Généralement un bijou Amazigh. Dans certains villages on y ajoutera trois dattes, trois oeufs et sept grains de blé. On étendra un foulard kabyle « timehremt » ou « amendil » sur lequel on déposera le plat dans lequel se trouve le henné.

Chez la mariée, ce sont les femmes uniquement qui seront présentes pour la cérémonie. Pendant toute la durée de ce rituel, les voix des femmes s'élèveront en chantant des poèmes anciens.

Chez le futur mari, il y a ce qu'on appelle « aznuzu n lhenni » - la vente du henné -. Les hommes présents à la cérémonie, se mettront à réciter des poèmes.

Des que cette cérémonie est terminée, les membres de la familles se lèveront pour partager « tacullit » entre les gens du village. Ceci contient « lexfaf » - « lesfenj », aheddur.etc. Ce n'est qu'après le partage de « tacullit » que les chants et les danses reprendront.
Le jour du mariage
C'est le deuxième jour. Le jour durant lequel la mariée rejoindra sa nouvelle famille. Ce jour là, chez la famille du futur mari, les personnes qui feront partie du cortège, on les appelle « iqfafen », se prépareront pour aller chez la famille de la mariée.
Lorsque le cortège atteindra la maison de la mariée, une parente du marié ira aider la mariée à se préparer. Cette femme ne doit pas avoir eu son premier enfant le mois du mariage. Cela risque de porter malheur a toutes les deux car « elles connaissent toutes les deux un évènement heureux le mariage et la naissance - le même mois ».

Cette parente du mari ira voir la mariée pour commencer le rituel de « asberber » - habiller la mariée - Jadis, la future mariée portait le jour de leur mariage « timleheft ». Celle ci a évolué pour être remplacée par « taksiwt ». Elle portera aussi sur sa tête « tabniqt ». La femme déposera sur le visage de la fille un foulard kabyle « amendil » ou « timehremt », afin de cacher son visage. Il se trouve qu'à partir du moment où la jeune fille sort de la maison familiale, personne ne doit voir le visage - les yeux - de la jeune mariée avant son mari. Si non celui ou celle qui cherchera à la voir - en dehors de sa famille bien sûr - tombera malade et risquerait même de mourir.

La parente du mari, ajoutera un tissu blanc qu'elle déposera sur les côtés du visage de la mariée. Elle mettra aussi sur sa tête une belle ceinture « agus n lehrir » - « akwerzi » -.

La mariée aura auparavant mis dans sa bouche un petit bout d'écorce d'un arbre appelé « agusim » - « ljuz ». Cet arbre est appelé « tagusimt ». L'écorce est utilisée par les femmes comme produit de beauté et pour blanchir les dents.
Les bijoux en argent
La mariée portera ses bijoux : les bracelets « imecluxen » aux poignets, « ixelxalen » aux pieds - ils ressemblent aux bracelets - et des broches « ibrac » sur la poitrine.

« Ixelxalen » seront portés sur d'autres bijoux pour les pieds appelés « rdif ». Ces derniers sont là pour protéger les jambes des femmes, car « ixelxalen » sont des bijoux très lourds et ils peuvent blesser la femme qui les porte au niveau du talus - « tawetzit ».

Elle portera aussi « tazlagt » au cou ainsi que « taqlat » - une chaîne de clous de girofles - Autrefois, la mariée portait aussi sur son front un diadème « taasabt ». De nos jours, le diadème étant très cher, il est remplacé par « tafezimt » - une grosse broche ronde.

Une fois la mariée enfin prête, on lui mettra sur les épaules un burnous. Il y a des villages où les mariées se parent de feuille de basilic, qui seront déposées sur leur tête en forme de couronne. Elle emportera aussi quelques feuilles de basilic dans sa main. Durant tout ce rituel, la femme qui aidera la mariée a s'habiller chantera.

La mariée vers sa nouvelle demeure: Lorsque la mariée sortira de chez elle, c'est son père qui lui donnera à boire sa dernière gorgée d'eau.La mariée vers sa nouvelle demeure Lorsque la mariée sortira de chez elle, c'est son père qui lui donnera à boire sa dernière gorgée d'eau. Avant que le cortège quitte vers la maison du futur mari, la mère de la mariée demandera à une parente en qui elle a entièrement confiance, de jeter un peu d'eau de mer aux pieds de sa fille, lorsque celle ci sortira de la maison paternelle. On croie encore de nos jours, que l'eau de mer possède beaucoup de bien fait. Elle efface entre autre toute trace de magie noire, car on dit souvent que tout ce qu'on jette a la mer, elle le dévore.

Dans certains villages kabyles, les jeunes filles qui ne sont pas encore mariées ne doivent pas se tenir sur le chemin qu'empruntera la mariée en sortant de chez elle. Cela peut leur porter malheur et elles risquent de ne jamais se marier.
Dans certaines régions de la Kabylie, la mère n'accompagne pas sa fille mariée le jour du mariage. Elle attendra le septième jour pour aller lui rendre visite.





La mariée chez elle
A l'arrivée de la mariée chez elle, les femmes de la famille du mari se mettront à chanter. Les femmes qui l'accueilleront - généralement sa belle-mère et une parente proche : grand-mère..etc. - lui donneront une mixture d'herbe à mettre dans sa bouche. Sa belle-mère lui donnera de l'eau. La mariée jettera quelques gouttes d'eau derrière elle. La belle-mère lui donnera ensuite un tamis qui contiendra du blé et de l'orge : le blé symbolise les garçons, l'orge symbolise les filles. De nos jours, dans certains villages, on a remplacé le blé et l'orge par des figues sèches, du sucre, des beignes et du pain. La mariée mettra la main dans le tamis et jettera ce qu'elle aura pris de la derrière elle. Elle entrera ensuite dans sa nouvelle maison, par le pied droit. Dans certains villages, la mariée avant d'entrer, doit briser un oeuf sur le mur de la maison. Les femmes de sa famille qui l'accompagnent, entreront aussi avec elle.


Le soir venu, une fois que les invités - et d'abord la famille de la mariée - auront pris leur repas, la danse et les chants reprendront pour le restant de la nuit.

La tenue de la mariée
La mariée n'enlèvera sa tenue que le soir venu. Personne ne doit la voir avant son mari, sauf celles qui l'aideront à se déshabiller.
Le lendemain du mariage
Ce matin-là, les femmes de la famille prépareront un bon repas pour les parents qui ont accompagne la mariée dans sa nouvelle demeure. Elles prépareront des galettes d'oeufs. Elles en donneront à la mariée pour son petit déjeuner. La nouvelle mariée recevra alors la visite des parents et membres de la famille de son mari, ainsi que les gens du villages - hommes et femmes - afin qu'il lui offre « tizri » -« lheq n tmezra » -. Ils lui donneront en fait en guise de cadeau - étant donné que la plupart la voient pour la première fois - de l'argent.

C'est ainsi que les invités et les parents de la mariée quitteront la maison du mari pour laisser la nouvelle mariée chez elle.

"La Femme Kabyle" par Ferhat Mehenni






La société kabyle, comme toutes les sociétés humaines, a assigné aux femmes une place et un rôle en fonction de ses nécessités, de sa culture et de son degré de développement.
« Vous avez tous chanté ma beauté
Vous avez tous loué mon sens de l’honneur,
Nul ne s’est, pour autant, soucié de mes droits
Je vais vous demander des comptes »


Ces terribles paroles d’une très belle chanson que Nouara a interprétée au début des années 70, sont l’expression d’une prise de conscience collective du statut de la femme au sein de la société kabyle. Elles appellent à son dépassement tant il est vrai que, pour l’époque, il n’était pas reluisant et peine encore de nos jours à évoluer. Même si nombre d’aspects ont changé et des résistances ont été vaincues, d’autres, en revanche, sont toujours tenaces. C’est ce que nous essayerons de voir dans cet exposé.

La société kabyle, comme toutes les sociétés humaines, a assigné aux femmes une place et un rôle en fonction de ses nécessités, de sa culture et de son degré de développement. Nous n’avons pas suffisamment de documentation relative à la société kabyle à même de nous édifier sur un état des lieux avant celui fait par la colonisation française. Il ne nous reste que le roman pour retrouver quelques aspects de la situation des femmes kabyles et dont notre génération peut encore témoigner. Le seul document authentique et ancien que nous ayons sur ce sujet est une copie datée de 1848 d’une décision d’exhérédation de la femme kabyle et dont l’original remonterait à 2 siècles auparavant.

A – L’Exhérédation
Une société régie par le droit musulman accorde, en principe, à la fille d’hériter moitié moins qu’un garçon. La Kabylie a outrepassé une telle prescription suite à des problèmes insolubles issus de son application. Pourquoi ? Le coran a été « révélé » dans la péninsule arabique où les sociétés nomades du désert vivaient essentiellement de commerce dont le produit en pièces d’or ou d’argent pouvait aisément être réparti entre les héritiers dont font partie les femmes. Il n’en est pas de même dans une société vivant exclusivement de l’agriculture comme la société kabyle pour qui la terre est sacrée et en général régie par l’indivision. La terre appartenait hiérarchiquement au grand-père (patriarche), ensuite à la famille élargie, au clan, au village, et enfin, au Arch. La propriété de la terre qui ne devait en aucune façon être détenue par quelqu’un d’autre en dehors des membres mâles de la famille posait problème dès qu’un père n’avait pas de descendance masculine. Ses filles qui en ont l’usufruit n’avaient pas le droit de faire changer de famille aux terres en se mariant. Et de toutes les façons la terre est un bien qui ne s’emporte pas dans ses bagages et sa dot en alleant dans d’autres villages ou d’autres Arch. Voilà pourquoi une telle décision, si injuste à nos yeux aujourd’hui, était nécessaire pour la paix civile d’alors.
Aujourd’hui, même si L’État algérien est revenu à la disposition édictée par le coran, la Kabylie a du mal à s’y résoudre. On touche à l’argent de l’héritage mais pas à la terre. Cependant, c’est un principe auquel on déroge quelquefois. En effet, on a vu des vieillards kabyles qui ne souhaitent pas qu’après leur mort leurs propriétés reviennent à la fratrie, se rendre chez un notaire pour faire acte de donation à leur femme ou leurs filles. En dehors de ces cas isolés, aucune loi ne semble en mesure de déboulonner pour le moment cette disposition du droit coutumier, tant sa pratique va de soi dans une société où le rapport à la terre est si charnel. En revanche, la polygamie en déclin en Kabylie se prêterait plus facilement à son interdiction définitive.

B – La polygamie
C’est une pratique qui date de la préhistoire puisque le roi Massinissa avait au moins 48 garçons qu’il ne pouvait engendrer avec une seule femme. La société kabyle héritant des traditions amazighes en a gardé l’usage pour un certain nombre de raisons dont certaines font de nos jours sourire : Les hommes dans une société méditerranéenne étaient à la fois la richesse, la sécurité et le pouvoir. En engendrer le maximum dans un monde non médicalisé où la mortalité infantile était effarante et les guerres fréquentes était un sport national. On garde de cette croyance des traces jusque dans la chanson dite moderne . Par ailleurs, après une guerre les veuves sont en général remariées dans la fratrie de leur défunt mari pour, disait-on, garder les orphelins dans le giron de la famille paternelle. C’est ce qui aurait relancé cette pratique en Kabylie au lendemain de la guerre d’Algérie dans laquelle, en sept ans, elle aurait perdu au moins trois cents mille hommes. Des cas de bigamie se rencontrent encore chez des hommes qui, pour différentes raisons, sont incapables de divorcer de leur première femme . Le poids de la tradition reste relativement important en Kabylie malgré une évolution des mœurs assez prononcée.

La cuisine Kabylie

La cuisine Kabyle est l’un des piliers de la cuisine algérienne, une cuisine qui a su gardé son authenticité et son identité à travers le temps malgré les diverses incursions phéniciennes, byzantines, romaines, arabes, ottomanes, ou françaises.
Cette cuisine kabyle est une cuisine du terroir, riche et variée , c’est une cuisine saine qui utilisent beaucoup de fruits et de légumes de saison, de l’huile d’olive et le blé.
 voila quelque plats kabyle :
TTHAKNIFT L MERKA

AFTIR OU KESSOUL

 CHELLITA

THIKORBABIN

A l’origine, les Imazighen "kabyles"…




On désigne sous le nom de Berbères les populations qui, sur un territoire s'étendant de la Méditerranée au sud du Niger et du Nil aux rivages de l'Atlantique, parlent – ou ont parlé – des dialectes se rattachant à une langue mère : le berbère.
D'origine discutée, ce mot, déjà utilisé par les Grecs et les Romains, transmis par les Arabes, désignait pour ces derniers la population autochtone et non romanisée de l'Afrique du Nord. Consacrée par l'usage, cette appellation n'est pas celle que se donnent les intéressés. Les Berbères s'identifient eux-mêmes par le nom de leur groupe (Touareg, Kabyle) et utilisent parfois le mot Imazighen, qui signifie «hommes libres», pour désigner l'ensemble des Berbères. La politique d'arabisation menée par les gouvernements au lendemain de la décolonisation a suscité chez les Berbères le besoin de reconnaissance d'une identité culturelle.
Traditionnellement agriculteurs ou pasteurs-nomades, ils ont cependant été touchés par l'exode rural et leur implantation en zone urbaine a très certainement accentué ce phénomène.
Histoire des Berbères
Abordée dans l'Antiquité, réduite puis gelée par de subtiles spéculations généalogiques à l'époque médiévale, reprise à l'époque coloniale, la question des origines des Berbères, cherchées tantôt dans les sources linguistiques, tantôt dans les rapports ethniques, reste mal résolue. Au VIIIe millénaire avant Jésus-Christ, un type d'homme anthropologiquement proche des habitants actuels du Maghreb fit son apparition. Probablement d'origine orientale, cet Homo sapiens sapiens, appelé «capsien» – de Capsa, nom antique de Gafsa (Tunisie) –, serait l'une des composantes de la souche berbère. Il se serait étendu d'abord aux parties orientale et centrale du Maghreb, puis en direction du Sahara. On lui connaît des équivalents dans certains pays méditerranéens (civilisation natoufienne). Le Maghreb s'enrichit aussi d'autres apports; du nord, par l'est et par l'ouest, à travers les détroits de Messine et de Gibraltar, arrivèrent des populations européennes. Certaines nécropoles et tombes maghrébines témoignent de la présence dès le IIIe millénaire d'une population noire venue du sud, probablement à la suite de l'assèchement du Sahara. Au IIe millénaire, d'autres petits groupes continuèrent à affluer au Maghreb. C'est à ce fonds paléoberbère divers, mais à dominante capsienne (c'est-à-dire appartenant à la culture préhistorique de Capsa), que les spécialistes rattachent les Proto-Libyens, ancêtres des Berbères. Des données physiques mais aussi culturelles – même emploi rituel de l'ocre rouge, même utilisation et décoration de l'œuf d'autruche – sont souvent invoquées pour appuyer la thèse de la parenté entre capsiens et Proto Libyens.
Les sources
Les Proto-Berbères, installés à l'ouest du Nil, nous sont connus grâce aux inscriptions et aux documents égyptiens. Les Tehenou et les Temehou au IIIe millénaire, les Libou et les Maschwesch au IIe millénaire y sont souvent décrits comme des peuples belliqueux et puissants. Ces Proto-Berbères de l'Est parvinrent à se constituer en véritable puissance et réussirent, au début du Ier millénaire, à se rendre maîtres de l'Égypte.
Nous disposons dans l'art préhistorique d'une source relative à l'apparition des Proto-Berbères dans les massifs centraux sahariens, où des centaines de peintures rupestres ont été recensées. Les fresques du tassili des Ajjer, du IVe millénaire au milieu du IIe, figurent pour la première fois des Proto-Berbères. L'espace saharien, auparavant peuplé de Noirs, vit l'arrivée de populations blanches, probablement d'origine septentrionale, qui auraient progressé à partir du bas Sahara algérien et tunisien.
Au Néolithique final et à l'époque protohistorique, la présence des Proto-Berbères dans le Sahara s'intensifia. Les fresques les représentent conduisant des chars tirés par des chevaux. L'introduction du cheval dans cette région – probablement à partir de l'Égypte – permit aux Proto-Berbères de dominer les pasteurs mélanodermes. Au Ve siècle av. J.-C., Hérodote signala l'importance des chars sahariens, en précisant que les Garamantes du Fezzan et du tassili des Ajjer s'en servaient encore pour chasser les populations noires. Cette occupation du Sahara se poursuivit au début de l'époque historique.
Du Ier  millénaire à la reconquête byzantine
Au Ier millénaire av. J.-C., les Berbères se répartissaient en une multitude de peuples: Nasamons et Psylles en Tripolitaine et en Cyrénaïque, Garamantes au Sahara oriental, Numides au Maghreb oriental et central, Gétules nomadisant entre le désert et les hauts plateaux, Maures au Maghreb occidental. Divisés en de nombreuses tribus parfois rivales, éparpillés sur une vaste aire géographiquement morcelée, ils ne purent s'unifier face à leurs conquérants carthaginois, romains, vandales ou byzantins.
Les premiers royaumes berbères
Toutefois, à la fin du IIIe siècle av. J.-C., des tentatives d'organisation politique et d'unification virent le jour; trois royaumes firent ainsi leur apparition: les royaumes masaesyle, massyle et maure. Le premier, éphémère, ne survécut pas à son roi Syphax (avant 220-203) ; le second, au contraire, connut sous le règne de Masinissa (203-148) un grand essor. Après avoir absorbé son voisin et rival masaesyle, il s'étendit à toute la Numidie, l'unifia politiquement et parvint à englober, aux dépens de Carthage, d'autres territoires situés dans la région des Syrtes. Ce grand royaume se maintint sous le règne de Micipsa (148-118); mais Rome, installée depuis 146 sur les dépouilles de Carthage, ne pouvait longtemps s'accommoder de ce voisinage. Malgré la résistance militaire de Jugurtha (111-105), le royaume numide finit par tomber sous la dépendance de Rome. Le royaume maure connut le même sort: les Romains l'annexèrent en 40 apr. J.-C. Dès lors et jusqu'en 429, une grande partie de l'Afrique du Nord passa sous leur domination.
La domination romaine
La mainmise de Rome ne se traduisit pas par l'assimilation totale des Berbères. Les Musulames (Numides) sous Tibère, les Nasamons et les Garamantes sous Auguste et Domitien, les Maures sous les règnes d'Hadrien, d'Antonin, de Marc-Aurèle et de Commode, les Gétules plus tard s'insurgèrent de façon répétée, et parfois durable. Au IIIe siècle de nombreuses tribus fusionnèrent en confédérations et harcelèrent les Romains, au point que Dioclétien finit par renoncer à la Mauritanie Tingitane ainsi qu'à l'ouest de la Mauritanie Césarienne. Au IVe siècle le schisme donatiste donna aux Berbères un moyen de s'opposer à la domination romaine. Le soulèvement des circoncellions, la révolte de Firmus (372-375), celle de Gildon (398) ajoutèrent aux difficultés d'un pouvoir romain déjà affaibli. Au milieu du Ve siècle, les Vandales s'emparèrent de Carthage et occupèrent une partie de l'Afrique romaine, la Tunisie et l'est de l'Algérie. L'Aurès, la Kabylie, la Mauritanie et la Tripolitaine ne tombèrent pas sous leur domination et des tribus berbères purent se constituer en royaumes indépendants. La reconquête byzantine, entreprise en 533, mit fin à la suprématie vandale et, en quelques mois, l'Afrique du Nord redevint romaine. Néanmoins, les Berbères continuèrent leur mouvement d'autonomie amorcé au siècle précédent.
De la conquête arabe à l'Empire almohade
Dans leur conquête de l'Afrique du Nord, les Arabes, qui triomphèrent des Byzantins, eurent à s'opposer au roi berbère Koçeila (683-686) et à la reine de l'Aurès, el-Kahéna, (695-700). Malgré cette résistance, les Berbères durent s'incliner et se convertir à la religion de leurs conquérants: l'islam. Ils y trouvèrent matière à une tout autre résistance. Par le biais du kharidjisme, ils entrèrent rapidement en révolte contre les Orientaux. Le mouvement commença vers 740 à l'ouest puis s'étendit à tout le Maghreb. Son ampleur fut telle que les troupes arabes mirent plus de vingt ans à récupérer la seule Ifriqiya. Ailleurs, des États indépendants – petit État des Barghawata sur le littoral atlantique (744 après 1050), royaumes de Tahert (761-908), de Sidjilmasa (772-997), de Nakkur dans le Rif (809-917), principauté sofrite de Tlemcen (765-avant 790?) – échappèrent au contrôle du pouvoir central abbasside.    L'introduction du chiisme ismaélien en Afrique du Nord eut pour conséquence l'affaiblissement du kharidjisme puis le retour en force du sunnisme. Après 950, le kharidjisme ne subsista que dans des zones refuges. Une autre conséquence du chiisme fut la division des Berbères en deux groupes rivaux: les Sanhadjas, qui avaient embrassé la cause fatimide, et les Zénètes, qui furent les alliés des Omeyyades d'Espagne. Cette rivalité s'exprima après le départ des Fatimides pour l'Égypte en 973, et, au début du XIe siècle, le Maghreb connut un état de fractionnement politique. Les royaumes berbères se multiplièrent: ziride (973-1060) et hammadide (1015-1163) fondés par les Sanhadjas; ceux de Tlemcen, de Sidjilmasa et de Fès contrôlés par les Zénètes. Au Xe siècle, des invasions de nomades arabes de la tribu des Hilaliens contribuèrent à maintenir ce fractionnement politique jusqu'au moment où, dans l'ouest du Maghreb, un mouvement berbère cohérent se constitua: le mouvement almoravide. Partis du Sahara, les Lamtouna entreprirent une conquête progressive de la partie occidentale du Maghreb. Sous la conduite de leur chef, Youssef ben Tachfin, ils étendirent leur empire, à l'est, jusqu'au massif de la Grande Kabylie (1082-1083). Moins de dix ans après, les Berbères almoravides devinrent maîtres de toute l'Espagne musulmane. L'hégémonie de la dynastie almoravide persista jusqu'en 1147. Un mouvement religieux, apparu en réaction contre les mœurs des Almoravides jugées trop tolérantes, fut à l'origine de la dynastie almohade. Des tribus du Haut Atlas marocain, sous l'impulsion de Mohammad ibn Toumart, réussirent à unifier tout l'Islam occidental, de la Tripolitaine à l'Espagne. L'Empire almohade connut son apogée à la fin du XIIe siècle
La Berbérie étant géographiquement située dans un lieu on ne peut plus stratégique, fut, au fil des siècles, l’objet de maintes conquêtes.
À partir de la seconde moitié du XIIIe siècle, le Maghreb retrouva un état de division: Abdelwadides à Tlemcen, Mérénides à Fès, Hafsides à Tunis se partagèrent la Berbérie. Ni ces dynasties ni les suivantes ne parvinrent à redonner au Maghreb une quelconque unité. Minés de l'intérieur par le retour des grandes confédérations tribales, menacés de l'extérieur par les chrétiens, les États maghrébins de l'Est et du Centre finirent par tomber sous une longue dépendance turque. L'Ouest, gouverné par les Saadiens (1549-1659) puis par les Alaouites, ne connut pas plus de stabilité. Aux XIXe et XXe siècles, tout le Maghreb passa, pour plusieurs décennies, sous la domination française. Depuis l'instauration de l'indépendance des pays de l'Afrique du Nord et de l'Afrique noire, les populations berbères connaissent souvent une situation difficile, tant politique que culturelle, ainsi les Kabyles en Algérie ou les Touareg en Algérie et au Niger.
Organisation politique des Berbères
Les Berbères connurent plusieurs formes d'organisation politique. Le modèle le plus répandu et le plus caractéristique semble avoir été une sorte de petite république villageoise: une assemblée populaire, la djemaa, au sein de laquelle seuls les anciens et les chefs de famille prennent la parole. Par ailleurs, nous connaissons deux modèles d'organisation politique citadine. Le premier et le plus ancien fut de type municipal ; la cité numide de Thugga (Dougga, en Tunisie) connut au IIe siècle avant J.-C. un gouvernement municipal réunissant, autour d'un aguellid (magistrat suprême) nommé chaque année, un conseil de citoyens et de magistrats. Le second, beaucoup plus récent, et de type théocratique: chez les Mozabites, qui en fournissent le modèle, l'essentiel du pouvoir est tenu par une assemblée composée de azzaba et de tolba (hommes de religion) et secondée par un conseil des anciens. Ces unités politiques – village ou cité – n'étaient pas toutefois le fondement du pouvoir; celui-ci était accaparé par des entités plus importantes, tribus et confédérations. L'histoire politique des Berbères est jalonnée par de grands regroupements qui – comme chez les Numides et les Maures dans l'Antiquité – débouchèrent parfois sur des embryons d'États. L'exemple le plus original et le mieux connu d'une organisation politique berbère de type confédéral est celui des Aït Atta, dans le sud-est du Maroc. Cinq segments, ou khoms, constituaient la confédération ; celle-ci avait à sa tête un chef suprême élu chaque année dans un segment différent par des électeurs des quatre autres segments. Chaque tribu conservait cependant son autonomie et élisait son propre chef. Ce système d'organisation segmentaire et quinaire, que les Romains nommaient quinquegentiani, dut être dans l'Antiquité celui des BerbèresÀ ce modèle d'organisation politique, qui peut être qualifié de démocratique, s'oppose celui, aristocratique, des Touareg. La société des Touareg du Hoggar était, jusqu'à ces dernières années, hiérarchisée en classes distinctes: les imohar, nobles guerriers parmi lesquels était obligatoirement choisi l'aménokal, le chef suprême ; les imrad, tributaires des nobles, qui constituaient de nombreuses tribus d'éleveurs, placées chacune sous l'autorité d'un amghar. Cependant, l'absence d'assise territoriale et de certaines règles politiques élémentaires, notamment celles relatives à la transmission du pouvoir, contribua pour une large part au caractère éphémère des États berbères. Les royaumes – ou ce qui fut qualifié de tel par les auteurs de l'Antiquité – n'étaient souvent que des agrégats de tribus, voire des chefferies
Organisation sociale des Berbères
L'organisation sociale berbère est de type segmentaire et hiérarchisé. La famille constitue la plus petite unité sociale ; au-dessus se trouve le lignage, groupement de plusieurs foyers liés par une ascendance commune et établis en village, ou en douar pour les nomades. Viennent ensuite la fraction (ensemble de clans et de villages), puis la tribu (groupement de fractions), enfin la confédération (alliance occasionnelle de tribus). À l'intérieur de tous ces segments, les liens du sang – réels au niveau des petites unités, fictifs dans les grandes – constituent le fondement de la cohésion sociale et entretiennent chez les membres du groupe un fort esprit de solidarité (corvées collectives, usage de greniers collectifs, etc.). La vie sociale est régie par un droit coutumier qui veille à la défense du groupe.
Religion
En l'absence de documents écrits, il est difficile d'appréhender les idées religieuses des Berbères de la haute Antiquité. Seules les découvertes de l'archéologie – position des corps, objets d'offrande, animaux de sacrifices – révèlent l'existence de rites funéraires à cette époque. Puis, par contact avec d'autres peuples et civilisations, vinrent s'ajouter aux cultes autochtones – parfois en s'y superposant – ceux de nombreuses divinités. De ces apports étrangers, le phénicien fut le plus durable. Longtemps après la disparition de Carthage, des Berbères continuèrent à adorer sous les noms de Saturne et de Junon Caelestis les divinités phéniciennes Baal Hammon et Tanit. Sans être mineur, l'apport romain fut sporadique, et se heurta à la résistance culturelle berbère. Tout autre fut l'influence du christianisme. La position de Carthage au carrefour de l'Orient et de l'Occident, l'omnipotence à l'époque romaine du dieu africain Saturne, l'existence précoce en Proconsulaire (Tunisie) et en Numidie (Algérie) de communautés juives prosélytes préparèrent le terrain et frayèrent la voie au monothéisme chrétien.
Le christianisme
Le christianisme se développa en Afrique plus tôt que dans les autres provinces occidentales de l'Empire romain. Dès la fin du IIe siècle, il compta de très nombreux adeptes. Un concile tenu à Carthage en 220 réunit 71 évêques ; un autre, vingt ans plus tard, en groupa 90. Ce succès alla croissant malgré les persécutions répétées du pouvoir impérial ; celle de Dioclétien, en 303-304, fut terrible, et beaucoup de chrétiens africains apostasièrent sous la contrainte. C'est à cette époque que naquit sous l'impulsion de Donat, évêque de Numidie, un mouvement que les historiens ont appelé «donatisme» ; celui-ci revendiquait la pureté de l'Église et dénonçait les reniements de certains prêtres. Purement théologique initialement, ce mouvement évolua vers une opposition à la domination romaine. Cependant, l'évangélisation se poursuivit, dépassant parfois les limites géographiques de l'Empire romain. Toutefois, malgré des conversions tardives – comme celle des Garamantes, au sud de l'Atlas, vers 568-569 –, le christianisme resta une religion principalement urbaine.
L'islam
La conversion des Berbères à l'islam fut massive. Implantée d'abord dans les cités, la nouvelle religion gagna progressivement les campagnes, les plateaux et le Sahara méridional. En se convertissant à l'islam, les Berbères ne renoncèrent pas à leur esprit d'indépendance. C'est sur le terrain même de la religion qu'ils exprimèrent leur opposition aux Orientaux. Des deux grands courants dissidents nés des discussions à propos de la succession du Prophète, le chiisme et le kharidjisme, c'est ce dernier qui eut auprès des Berbères un grand retentissement. Austère et égalitaire, le kharidjisme ne manqua pas de les séduire. À bien des égards, et bien que né hors d'Afrique, le kharidjisme rappelle dans l'Histoire de l'islam maghrébin le donatisme berbère de l'époque chrétienne. Par opposition, les kharidjites berbères, après des révoltes sanglantes, formèrent des royaumes indépendants tels ceux de Tahert et de Sidjilmasa. Au Xe siècle, les Ketama de Petite Kabylie constituèrent au profit du mahdi Obeid Allah un grand empire chiite (fatimide). L'orthodoxie (le sunnisme) ne triompha qu'à partir du XIe siècle ; son succès fut l'œuvre d'autres Berbères : les Sahariens nomades Lamtouna d'abord, les montagnards Masmouda ensuite l'imposèrent définitivement. Avec l'avènement au XIIe siècle de l'Empire almohade, la dissidence religieuse ouverte fut bannie du Maghreb. Seul le kharidjisme, dans sa tendance ibadite, survécut au mouvement réformateur almohade. Du djebel Nefousa, en Libye, au Mzab, en Algérie, et à l'île de Djerba, en Tunisie, des communautés ibadites se sont maintenues jusqu'à nos jours.
Langue
La langue berbère constitue aujourd'hui un ensemble de parlers locaux éparpillés sur un vaste territoire. En dehors de certaines zones à forte unité géographique – telles que les Kabylies en Algérie ou le pays chleuh au Maroc –, ces parlers ne permettent que rarement l'intercompréhension des différents peuples. L'arabe – comme hier le latin ou le punique – permet la communication d'un groupe à l'autre. Cette situation linguistique n'est pas originelle ; malgré leur diversité, ces parlers berbères ont des structures syntaxiques communes. On suppose qu'une langue berbère homogène a existé avant d'éclater en 4 000 à 5 000 idiomes. L'histoire de la langue berbère reste cependant de reconstruction difficile. Le linguiste dispose de quelques fragments de textes en berbère, des ethniques, des toponymes et anthroponymes conservés par les sources arabes médiévales. C'est peu pour restituer l'évolution d'une langue. Le libyque, dans lequel sont rédigées plus de 1 200 inscriptions d'époque antique, est tenu pour une forme ancienne du berbère, sans que des preuves scientifiques aient été fournies. L'alphabet libyque – connu d'après certaines inscriptions – s'apparente à celui du touareg actuel, le tifinagh, et les données de l'anthroponymie et de la toponymie militent en faveur de la parenté et de la continuité entre le libyque et le berbère. Pour mieux connaître la langue berbère et pallier le manque de documentation historique, les spécialistes ont aussi recouru au comparatisme. On a cherché très tôt à apparenter le berbère à d'autres idiomes. Ainsi le guanche, langue parlée jusqu'au XVIIe siècle aux îles Canaries, lui fut-il rattaché. Le berbère fut également rapproché du haoussa et du basque. Ces démarches se sont révélées infructueuses. En fait, la théorie qui place le berbère dans un grand ensemble linguistique à côté de l'égyptien ancien, du couchitique et du sémitique emporte actuellement l'adhésion de la plupart des linguistes.